C’est une page majeure de l’histoire industrielle de Commentry qui se tourne, presque en silence. Les fortes mobilisations des dernières semaines n’y auront rien fait, le plan de sauvegarde de l’emploi annoncé le 4 novembre dernier par le propriétaire Syntagma capital est bien allé à son terme.
Il a été validé par la Direction du travail fin avril. Et la conséquence, c’est que semaine après semaine, la Forge s’est donc vidée de ses salariés. De 236 il y a encore quelques semaines, ils ne sont plus aujourd’hui qu’une petite soixantaine à venir travailler. A l’arrêt, les ateliers de production d’acier rapide et de recyclages, seule la tréfilerie tourne encore. Du coup, l’ambiance sur place est particulièrement morose.
Au pied de la statue du Forgeron qui trône fièrement devant l’usine, il n’y a guère que le cliquetis des drapeaux contre leur mât pour troubler le silence pesant. Entre les bâtiments industriels, les silhouettes des salariés tout d’orange vêtus sont rares. Une atmosphère étrange, raconte Fabrice, l’un des élus du personnel. "Ca fait presque usine morte. Quand on arrive le matin à 7 heures, entre le peu de voitures sur le parking et le peu de bruit dans les bâtiments, on se pose même la question s'il y a encore de l'activité. C'est un sentiment de gâchis et de tristesse".
Une tristesse partagée par Myriam Damani. Voilà 16 ans qu’elle tient le bar-tabac le Bergerac, juste en face de l’usine. "Cela s'y connaît bien sûr! Il y a moins de passage. Les ouvriers qui, avant, venaient acheter leurs cigarettes, boire leur café. J'ai eu une petite larme quand même". A l’amertume des licenciements s’est ajoutée celle des conditions dans lesquelles l’usine s’est vidée. Dorian Durban est délégué syndical CGT chez Erasteel. "Cela s'est vidé à une vitesse folle. Certaines personnes ont été appelées le soir pour leur dire demain ce n'est pas la peine de revenir, c'est fini. Cela a été très compliqué de pas pouvoir dire aurevoir aux collègues et amis". Ceux qui restent n’ont pas vraiment le sourire. Et lorsqu’on demande à ce salarié de la tréfilerie ce qu’il voit pour la suite, voici ce qu’il répond. "Je crains le pire, je pense que ça ne durera pas des années."
Dans quelques semaines, il n’y aura plus que 50 ou 51 salariés dans cette usine historique du bassin montluçonnais Quant à la perspective d’une reprise des activités de recyclage, des discussions existent encore, selon le délégué syndical CGT Dorian Durban,, mais « le mal est fait » estime-t-il puisque les salariés sont partis. On rappelle que le PSE porte sur la suppression de 186 emplois au total.